« On arrête la conduite en bio de Lafon-Rochet. J’ai pris la décision en février de cette année. » Basile Tesseron, à la tête de la propriété de Saint-Estèphe depuis 2007, opère un virage à 180 degrés pour les 41 hectares du domaine familial.

« Le bio n’est pas tenable à Bordeaux aujourd’hui : les traitements au cuivre laissent des résidus dans les sols qui ne disparaissent pas, la multiplication des passages entraîne une surconsommation de carburant pour les engins qui s’usent en plus beaucoup plus vite, ce qui génère une énergie grise, explique le trentenaire. Il faut prendre en compte la globalité des éléments et trouver d’autres solutions : accepter les champignons que nous combattons aujourd’hui et un certain taux de perte de vendange. C’est le prix à payer pour laisser un monde viable à nos enfants. »…

LES VERS DE TERRE DISPARAISSENT

Cette décision n’a pas été prise à la légère. Alors que son oncle Alfred Tesseron fut le pionnier de la biodynamie dans les crus classés du Médoc, Basile reconnaît une déception au vu des résultats du bio sur son domaine. « Les vers de terre disparaissent avec l’utilisation du cuivre et les passages de machines qui tassent les sols. Et puis il faut être clair : les produits acceptés en bio, le cuivre et le soufre, sont issus de la pétrochimie… » Toutefois, Basile Tesseron reconnaît que le passage au bio de Lafon-Rochet aura marqué une première étape et permis une prise de conscience de ce que l’on peut faire ou pas en viticulture dans le Médoc.

Désormais, il va inventer sa propre méthode, en s’inspirant de ce que fait son épouse, Bérangère, au château Larrivaux (Haut-Médoc), à quelques kilomètres de là. « Nous sommes en lutte raisonnée, en bio contrôle et nous limitons au maximum les traitements… quitte à accepter un peu de perte », précise la jeune femme. « Nous allons devoir trouver une autre façon de travailler, investir dans le matériel végétal en retrouvant, par exemple, des plants d’avant la Première Guerre mondiale, avant les traitements chimiques », prévoit Basile Tesseron.

Et pour être totalement cohérent dans sa démarche, il a même décidé de ne plus prendre l’avion pour les campagnes de promotion de ses vins. « Finalement, le train, c’est très bien pour l’Europe et notre réseau commercial dans le monde fait un super travail, insiste Basile. Pensons avant tout au monde que nous voulons laisser. »

Cet article est issu du numéro de novembre de La RVF, en kiosque dès le 26 novembre :

Par Béatrice Delamotte
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